
Le hors-site, un levier d’attractivité du secteur BTP ?
L’industrialisation du BTP, à travers la construction hors-site, améliore les conditions de travail en réduisant les risques, la pénibilité et la durée des chantiers, tout en offrant un meilleur équilibre de vie. Elle favorise également l’attractivité du secteur et son ouverture à des profils plus diversifiés, notamment les femmes, comme en témoignent des parcours professionnels rendus possibles par ces nouvelles pratiques.

De meilleures conditions de travail permises par l’industrialisation
Le BTP reste, malgré des dispositifs de mesures de prévention des risques professionnels, l’un des secteurs les plus sinistrés avec 56 accidents du travail enregistrés pour 1000 salariés (contre 34 en moyenne pour les autres secteurs). En cause : la manutention, les risques de chutes et l’outillage à la main. En déplaçant une partie du chantier en usine ou atelier, la construction hors site réduit considérablement le niveau de risque et de pénibilité du travail, principalement grâce à la mobilisation d’outils numériques et de levage. En usine/atelier, la préfabrication limite les interventions en hauteur, les manutentions lourdes répétées et la coactivité, traditionnellement sources d’accidents. La phase chantier, réduite de 30 à 50% en moyenne comparé à un chantier traditionnel, se concentre davantage sur des opérations d’assemblage.
Fin 2025, l’ADEME a confié à FrameWorks, Verso, Enertech et K. Mamou, la réalisation d’une étude (toujours en cours, finalisation prévue pour l’été 2026) visant à analyser les impacts environnementaux et sociaux de la construction/rénovation hors-site. Quelque 69 acteurs de la construction ont été interrogés sur la thématique du travail en usine.
Premiers éléments d’analyse (données brutes) :
- 56 estiment que le travail en atelier améliore le confort physique, bien que celui-ci soit contrebalancé par la pénibilité de certaines tâches simplifiées mais répétitives ;
- Pour 30 d’entre eux, les tâches sont plus techniques, nécessitent plus de précision et d’organisation. Certains entretiens notent une satisfaction de l’objet fini ;
- 36 notent un meilleur équilibre pro/perso ;
- La proximité du lieu de vie avec le lieu de travail semble constituer un paramètre favorable pour stabiliser le personnel.
Un travail plus confortable, des horaires, maitrisés, une distance réduite entre lieu de travail et lieu de vie : la construction hors site semble constituer une opportunité pour renforcer l’attractivité des métiers du BTP et attirer de nouveaux profils : ancien s compagnons et ouvriers en quête de meilleures conditions de travail, mais aussi, des femmes, à l’heure où le secteur est dominé par un public masculin. Minoritaires, les elles ne représentent que 12,9% des salariés du BTP selon une étude de la Fédération Française du Bâtiment de 2024. Parmi celles-ci, seules 1,8% sont ouvrières.
Trois parcours de femmes, une conviction : le hors-site ouvre le champ des possibles
Chez GA Smart Building, promoteur et constructeur hors-site, et ses filiales de construction bois Ossabois et de production de béton bas carbone PREGA, trois collaboratrices illustrent concrètement comment l’industrialisation transforme les métiers du BTP… et leur accessibilité.
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Louise Sauer, Conductrice de Travaux principale chez GA Smart Building : « Originaire d’Alsace, j’ai suivi un cursus en sport-études basket avant d’intégrer l’INSA Toulouse en sport-études. Je connaissais déjà GA Smart Building, car le Groupe est très présent auprès de l’INSA. J’avais d’ailleurs participé à un entretien fictif animé par Julien Gullaud, le Directeur des Opérations de GA Smart Building et j’avais eu l’occasion de rencontrer Patrick Veyrunes, le Directeur des Etudes et Projets du Groupe. J’ai donc eu envie de postuler, et j’ai été embauchée comme responsable travaux. En six ans, grâce à des typologies de chantiers variées, j’ai évolué pour devenir aujourd’hui conductrice de travaux principale. »
Gaëlle Hayart, Cheffe de secteur chez Ossabois : « J’ai un BEP finitions et j’ai travaillé dix ans en plâtrerie/peinture dans la même entreprise, sans réelle possibilité d’évolution. Après une mission d’intérim d’un an et demi, j’ai suivi une formation via Pôle Emploi, au moment de l’ouverture de l’usine Ossabois de Balbigny, tout près de chez moi. J’ai ainsi postulé chez Ossabois qui m’a accueilli en intérim avant de m’embaucher en avril 2021. Je suis devenue référente technique en 2022, puis cheffe de secteur en août 2024. Deux évolutions en trois ans, je suis fière de mon parcours. »
Christine Crouzil, Menuisière chez PREGA : « Au départ, j’ai suivi une formation de secrétaire, mais le travail de bureau ne me correspondait pas. J’aimais créer et bricoler, alors en 2000 j’ai passé un CAP Menuiserie. Je suis arrivée chez PREGA par hasard, lors d’une mission d’intérim pour réaliser des coffrages. Cela fait maintenant sept ans que j’y suis ! »
En quoi le hors-site change-t-il votre quotidien ?
Gaëlle Hayart : « Je ne pense pas retourner dans le bâtiment traditionnel ! Le hors-site permet de travailler en usine, sans subir les contraintes météorologiques, les problèmes de logistique, le tout avec des horaires fixes. Quelques exemples : pas besoin de rentrer au dépôt vider un camion, tout est sur place ; et puis les outils en usine nous aident davantage que ceux sur chantier. »
Christine Crouzil : « Pour rien au monde je ne retournerai travailler sur un chantier : c’est épuisant physiquement et mentalement, avec beaucoup d’aléas et une organisation moins fluide. »
Le hors-site favorise-t-il la mixité ?
Gaëlle Hayart : « Quand je suis arrivée à Balbigny, il n’y avait qu’une seule femme. J’ai incité les chefs à embaucher des femmes. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas peindre un mur ou visser une plaque. Aujourd’hui, nous sommes quatre femmes dans l’atelier. Si on a envie, il y a de la place ! »
Louise Sauer : « Les mentalités évoluent et le hors-site permet d’aller plus vite dans cette évolution. Les femmes ont toute leur place sur les chantiers. »
Quel message adresseriez-vous à une jeune femme ?
Christine Crouzil : « Les métiers manuels sont très intéressants parce qu’on crée du concret. Une femme est aussi capable qu’un homme. Il ne faut pas être timide et oser dire ce qu’on pense. Il faut en vouloir, mais c’est très gratifiant. »
Louise Sauer : « Il faut y aller. Les métiers de chantier sont exigeants et très formateurs. Chez GA Smart Building, la force est d’avoir tous les métiers de l’immobilier en interne : on échange avec de nombreuses équipes et on crée des liens forts. »
Gaëlle Hayart : « Rien n’est impossible. Il faut oser. Si vous êtes intéressée, manuelle et minutieuse, foncez. Nous avons même une grutière et des conductrices de camions. Ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on a des barrières, même si ça ne veut pas dire que ce sera facile. »
Jeanne Espié – Asssociation Filière Hors Site France


